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Traces et Petits Cailloux

Un petit coin où noter les traces et les petits cailloux laissés par mes ancêtres au fil des siècles, patiemment retrouvés au fil des archives et de recherches minutieuses et passionnées... #généalogie


L comme... Lard et saucisses

Publié le 13 Novembre 2020, 22:14pm

Catégories : #Challenge AZ, #Famille BEDOUIN

L comme... Lard et saucisses

       Si sous Louis XVI, de nouvelles professions liées à la nourriture se précisent (traiteurs, pâtissiers, cuisiniers...), et si l'on introduit le "service à la française" (tous les plats servis en même temps sur la table pour souligner la profusion), il est bien évident que cette gastronomie naissante est réservée aux plus riches, tandis que pour l'immense majorité de la population, rien ou presque n'a évolué. Trouver de quoi se nourrir est un exploit quotidien, difficile et souvent incertain, qui requiert beaucoup d'énergie. De plus, entre étés caniculaires, sécheresses extrêmes et hivers excessivement rigoureux, la décennie avant la Révolution a été émaillée de disettes, cherté des grains et de misère.

 

       Le paysan se nourrit essentiellement de pain, qu'il achète souvent à crédit : ainsi en décembre 1789, Perrine DENOT, veuve CONSEIL, boulangère au bourg de Tinténiac, témoigne "qu'elle a longtemps fait commerce avec BEDOUIN pour pain et autres choses, dont il pouvait avoir besoin, qu'il lui a dû de l'argent des six mois entiers, qu'il l'a bien payée..."

       Et lors des menues scènes de la vie quotidienne qui transparaissent dans les procès, il est souvent question de transport, de vente et d'achat de céréales, qui occupaient beaucoup les paysans de l'époque.

 

       Pour ce qui est du "pain du Roi", ce n'est pas... de la brioche (Marie-Antoinette, si tu passes par là...), mais le régime pain sec et eau des prisonniers, souvent insuffisant et de mauvaise qualité, auquel François a souvent eu l'occasion de goûter...

       Quand cela est possible, sans doute assez rarement, les paysans mangent du lard. Ce n'est pas un hasard si en décembre 1789, François tente de profiter de ses faux écus pour se rendre à l'étal d' "Anne BERTHELOT, qui était à vendre de la saucisse et du lard sous les halles", et si sa fille Anne, 3 mois et demi plus tard, outre quelques vêtements, vole à sa maîtresse à Betton "un torchon dans lequel il y avait enveloppés neuf morceaux de lard et environ une douzaine de pommes" ("un torchon dant le quel y avet envelopée neuf morchos de lar et environs unnes dousenne de pommes" sic!)... La viande - essentiellement de porc - est un luxe rare chez les pauvres paysans, et la jeune Anne a dû rêver d'un festin...

 

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       Nous sommes en Bretagne, et cela se voit bien à certains détails : ainsi les évocations du blé noir, ce sarrasin dont François achète trois "demeaux" à son voisin, et dont sa femme, Anne PENARD, fait sans doute bouillies et galettes.

       Par ailleurs, la côte est proche (Saint Malo est à une quarantaine de kms), et le poisson est transporté depuis la côte à cheval jusqu'à Rennes par des marchands de Hédé et alentours : il était sans doute plus facile aux nobles et bougeois bretons qu'aux auvergnats, par exemple, de respecter agréablement les jours maigres. D'autant que les huîtres sont également transportées de la côte vers l'intérieur : selon son témoignage, François BEDOUIN en a fait son gagne-pain pendant quelque temps, jusqu'à ce qu'il perde (sans doute de maladie) ses deux chevaux...

 

       Autre signe que nous sommes en Bretagne : dans les évocations des cabarets, on boit du cidre, et non du vin...

 

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       Nourrir sa famille est souvent difficile. Mais il est également difficile à maintes périodes de nourrir les animaux. Les allusions aux difficultés pour trouver du fourrage pour les chevaux sont nombreuses :

 

       Ainsi, le 27 mai 1785, Marie Françoise ROULLIER, veuve Robert PATRY, aubergiste à l'auberge de la Bannière à Combourg, va porter une requête officielle auprès du Sénéchal GESBERT DE LA NOË SEICHE. Elle a en garde depuis 10 jours les trois chevaux confisqués à François BEDOUIN, et n'en veut plus, car "elle les a nourris jusqu'ici, mais [...] le Sieur procureur fiscal ne lui a rien consigné à valoir à la nourriture d'iceux". Or "le gardien n'est pas obligé de faire l'avance pour la nourriture des bestiaux saisis [...]. D'ailleurs, continue-t-elle, il lui reste à peine des fourrages pour la nourriture ordinaire de son auberge", sans compter que "son fils Maître des Postes en manque et qu'il est plus naturel qu'elle lui en procure au besoin". Elle fixe ce qui lui est dû pour la nourriture des bêtes à "trois livres par jour y compris la nuit, la nourriture de chaque cheval, attendu la disette des fourrages et qu'il est notoire que chaque cheval mange au moins vingt quatre livres de foin en vingt quatre heures, lequel coûte actuellement deux sols et demi la livre". Il devient donc urgent de vendre ces chevaux, avant que le coût de leur nourriture n'excède leur propre prix...

 

       Un autre exemple de cette difficulté à nourrir les chevaux : lors de l'un des interrogatoires, on questionne François BEDOUIN sur de nombreuses choses qu'il a (ou aurait) faites au fil des années, et on lui demande "s'il n'a jamais été surpris à voler de l'herbe ou du jan*"Il répond, que non, "si ce n'est une fois qu'il coupa du jan dans une pièce de terre à Pierre LEVESQUE pour piller et donner à un de ses chevaux. Interrogé et lui représenté que quiconque est capable de voler une bagatelle peut également commettre des vols d'objets plus considérables; et lui demandé pourquoi il s'ingérait ainsi de disposer d'une chose qui ne lui appartenait pas, Répond que quand on n'a point de fourrage on fait comme on peut "...

 

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       Parler de nourriture, c'est forcément parler de prix et de mesures. pour par exemple mieux comprendre ce que cela représente quand François BEDOUIN paie un écu pour trois demeaux de blé noir le 28 novembre 1789.

       Quelle quantité peuvent représenter trois demeaux de blé? J'ai donc cherché sur Internet. On trouve (pratiquement) tout sur Internet... Mais est-on toujours vraiment beaucoup plus avancé pour autant?

       En effet, j'ai trouvé un document sur les Poids et Mesures sous l'Ancien Régime.

        Je sais donc maintenant qu'a priori "le demeau est la moitié d’une ruche. " Damned! mais que vaut une ruche?? Pas de problème, la réponse est là aussi : "la ruche : en Normandie, cette mesure correspond à 25 pots". Bon, François BEDOUIN est breton et pas normand, mais tant pis, on ne va pas chipoter... Mais alors, combien vaut le pot??? Bref, de fil en aiguille, j'ai trouvé pas mal d'infos. Je me permettrai donc de vous poser le petit exercice suivant :

"Sachant qu'un demeau est la moitié d'une ruche, qu'une ruche vaut 25 pots, qu'un pot vaut deux pintes, une pinte vaut deux chopines, une chopine vaut 0,476 litre, et que trois demeaux de blé noir valent un écu d'argent, soit six livres, combien coûtait un kilo de blé noir en Bretagne au début de la Révolution?"

Sur ce, je vous laisse... ;)

 

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Notes :

*"jan" : (langue de la région de St Malo) ajonc épineux très commun

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

Noémie 19/11/2020 11:14

Je vais peut être dire une GROSSE bêtise mais je tente la réponse à l'énigme et je dirais que, comme 1 L de blé noir pèse 550g, on devait payer le Litre de blé noir 5 sols. ... j'ai bon ?

1 demeau = 23.80 L = 6 Livres (soit 20 sols de 12 deniers)
donc 6 Livres divisés par 23.80 L ~ 0.25 Livres soit 5 sols

Sur ce, je vais prendre un doliprane et lire l'article suivant ! :)

19/11/2020 13:36

Je n'arrive pas à comprendre d'où vous sortez que 1 L de blé noir pèse 550 g et 1 demeau 23.80L. Je crois que vous essayez de m'embrouiller, et je file chercher un Doliprane aussi! ;>

Dom 14/11/2020 18:09

Pfffffff .... t'as pas dit ce qu'on gagne ....

23/11/2020 14:20

ah mais je ne suis pas sûre de la "stabilité" du "1L = 550gr" à travers les époques et les régions. D'où la difficulté de s'y retrouveer, car bcp de variantes, de fluctuations... un vrai casse-tête!!

Noémie 23/11/2020 08:46

Les 550g pour 1 L viennent d'internet. et le demeau euh... mes propres calculs probablement très erronés... mais j'ai tenté ! :D

Traces et petits cailloux 14/11/2020 19:03

c'est vrai, j'ai oublié! On gagne un "morcho de lar" !!! mais vu qu'il est d'époque... ;>

Françoise 14/11/2020 11:56

Un article qui met l'eau à la bouche... et hors du commun. Merci

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