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La Bataille d'Entrammes- Alexandre Bloch, 1888- Musée des beaux-arts de Rennes.

La Bataille d'Entrammes- Alexandre Bloch, 1888- Musée des beaux-arts de Rennes.

      Découvrir que sa fille Angélique avait été dotée par Napoléon m'avait  permis de découvrir que Jacques PORTIER était mort en 1793, dans des circonstances tragiques, " massacré par les Vendéens "...

 

        En fait, Jacques PORTIER ne fut pas la seule "victime civile" du passage des Vendéens ce jour-là : les registres de décès de l'année furent "brûlés le 23 octobre 1793 à la maison commune par les armées de la Vendée". Dès le 25, un nouveau registre est ouvert "pour servir de suite aux registres de la Municipalité de Laval brulés le 23 octobre 1793 à la maison commune par les armées de la Vendée." Et le 18 thermidor an 2 (= 5 août 1794) est mis en place un registre destiné à reconstituer les actes de décès de Laval "brulés par les brigants" (ou encore " brulés lors du passage des rebelle de lavandé"). C'est seulement dans celui-ci que l'acte de décès de mon Sosa est enfin transcrit, le 4 pluviôse (= 23 janvier 1794) :

 

        "Aujourd'hui 4 pluviôse, l'an second de la république française

Nous Jean Baptiste Louis Julien LEVESQUE chargé provisoirement par la commune de Laval de recevoir les actes de décès, en vertu de la déclaration à nous faite par la citoyenne Françoise Michelle JOUET, femme de Jacques PORTIER, tisserand à Saint Melaine, nous avons dressé l'acte de décès dudit Jacques PORTIER tué par les insurgés de la Vendée le 23 octobre dernier dans le pré de la Guetière de cette commune, âgé de 45 ans, fils de feu Jacques PORTIER et de feue Marie PERIER. Lequel acte a été rédigé en présence de ladite femme du défunt, de Etienne GONET, journalier rue du Hameau, et Pierre BOUVIER journalier rue du Pont de Mayenne, témoins qui ont déclaré ne savoir signer. Fait et arrêté les dits jour et an que dessus".

 

         Pourquoi Françoise JOUET, la veuve, n'est-elle pas allée déclarer plus tôt le décès de son mari? Il faut bien sûr imaginer le chaos pendant les quelques jours où la ville de Laval est occupée par les insurgés vendéens lancés dans la virée de Galerne. Imaginer peut-être aussi la sidération, le choc, une sorte d'état traumatique de cette femme... d'autant que si elle a tenté d'aller déclarer le décès le jour même ou le lendemain comme cela était la coutume, cela n'a pas été possible. Elle a pu renoncer, et mettre du temps à comprendre qu'elle pouvait finalement aller faire une déclaration... Pas sûr non plus qu'elle ait su le jour même ce qui était arrivé, et après il avait fallu récupérer le corps, le faire ensevelir, avec ou sans les secours d'un prêtre (opération compliquée au vu des circonstances, les prêtres réfractaires étant prisonniers hors de la ville, et les assermentés se cachant sans doute des vendéens) ?...  Tout en prenant soin des enfants... Bref, aller déclarer le décès aux autorités municipales dans une ville occupée par les Vendéens, à supposer que ce fût possible, n'était certainement pas sa priorité... Et après... elle avait bien d'autres soucis...

 

        Depuis plusieurs années, je cherche en vain dans quelles circonstances exactes Jacques PORTIER a été tué. Les documents historiques sur le passage des Vendéens à Laval s'intéressent surtout aux batailles entre armée républicaine et armée catholique et royale, ou au sort des détenus politiques et religieux qui se trouvaient dans la ville, et qui ont été envoyés en un pénible convoi jusque vers Mayenne, pour éviter qu'ils ne soient délivrés par les royalistes. Mais je n'ai encore rien trouvé sur ce qui s'est passé pour la population dans la ville même.

 

       Comment et pourquoi Jacques a-t-il été tué? Etait-il garde national? A-t-il tenté d'empêcher quelque chose? Etait-il juste au mauvais moment au mauvais endroit? Tisserand, il est tué dans un pré: fuyait-il ses agesseurs?...

 

        Les Vendéens, lancés dans la Virée de Galerne*, avaient pris Laval la veille, après avoir balayé les gardes nationaux et les garnisons locales. Ils y resteront jusqu'au 1er novembre. Ils y repasseront pendant une journée, le 25 novembre, puis la nuit du 13 au 14 décembre. Qu'ont pu ressentir Françoise JOUET et ses enfants en ces circonstances? Sans doute beaucoup d'angoisse et de colère...

 

 

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       Je sais seulement, par son acte de décès tardif que Jacques PORTIER est mort "dans le pré de la Guétière". Curieusement, cette prairie où il est mort a été transformée en cimetière municipal par une décision du 25 thermidor an XII (13 août 1804) , et a reçu des inhumations de 1808 à 1881, date où il fut fermé, sa terre argileuse étant peu apte à permettre la décomposition des cadavres.

 

© AD de Mayenne - Extrait du Cadastre

     

       Plus étonnant, ce pré de la Guétière est devenu plus tard encore le site des... Archives Départementales de la Mayenne! Je ne me doutais guère, le jour où j'y ai lu son acte de décès dans les années 80, que je me trouvais précisément sur les lieux où il avait été tué deux siècles auparavant...

Bâtiment des Archives Départementales de la Mayenne ©Simon de l'Ouest

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       Jacques René PORTIER était né le 5 juillet 1748 à Bonchamps lès Laval dans une famille de tisserands comme il y en avait tant en Mayenne à l'époque. J'ignore à quel moment et dans quelles circonstances il est passé de Bonchamps à Laval, et dans quelles conditions et où il a fait son apprentissage, mais lors de son mariage, le 6 juillet 1773 à Laval, paroisse St Venerand, il est dit "compagnon tisserand". Il se marie le lendemain de ses 25 ans avec Françoise JOUET âgée d'environ 23 ans, fille des défunts Julien JOUET et Perrine QUENTIN, enceinte jusqu'aux yeux (elle accouchera d'un petit garçon deux mois plus tard).

 

       De façon classique, le couple, installé au village de la Coconière, proche de la vieille chapelle de Saint Melaine, et appartenant à la paroisse Saint Vénérand, aura 8 enfants, dont au moins 3 décèderont en bas âge. A sa mort en octobre 1793, il laisse une veuve de 43 ans seule avec Françoise 16 ans, Angélique, 14 ans, François, 10 ans 1/2, Jacques 6 ans 1/2 et Marie Magdelaine, 3 ans 1/2

 

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Notes :

* La virée de Galerne est un épisode tragique des guerres de Vendée entre le 17 octobre et le 23 décembre 1793

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Sources :

Etat civil et cadastre des Archives Départementales de la Mayenne

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Ancêtres Mayennais
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