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Traces et Petits Cailloux

Un petit coin où noter les traces et les petits cailloux laissés par mes ancêtres au fil des siècles, patiemment retrouvés au fil des archives et de recherches minutieuses et passionnées... #généalogie


Faute de grives...

Publié le 21 Février 2021, 21:42pm

Catégories : #Famille BEDOUIN, #LeMoisGeneatech

Les liasses du Prieuré de Saint-Georges pour Tinténiac - AD35

Les liasses du Prieuré de Saint-Georges pour Tinténiac - AD35

3° semaine du #MoisGeneatech, suite :

"Une découverte que vous n’auriez pas pu faire

sans vous rendre aux archives"

 

 

       Ayant la chance de pouvoir me rendre de temps en temps aux Archives Départementales d'Ille et Vilaine au prix d'un peu d'organisation (qui me vaut d'ailleurs le plaisir de revoir de vieux amis pour le gîte et le couvert), j'avais soigneusement préparé mes deux jours de visite fin décembre dernier : repérage de toutes les cotes que je pouvais trouver en ligne , liste soigneuse des autres documents à chercher...

 

 

       Me souvenant des précieuses trouvailles faites l'été précédent, je suis donc partie la fleur au fusil, convaincue de pouvoir compléter sans trop de difficultés mes recherches sur mes branches BEDOUIN, PENARD et autres BELLOUIN en Ille et Vilaine... Le premier jour se passe plutôt bien : j'utilise les cotes dont je dispose, les documents sont plus ou moins riches, mais il y a de quoi se faire plaisir (et même rédiger quelques articles sur ce blog ;>)... Je suis plutôt satisfaite...

 

 

 

       Le lendemain, il me faut rechercher les cotes des documents qui m'intéressent. Il s'agit entre autres de :

 

       A Montgermont :

 

- Le décret de justice de Anne DESHAIE / DELAHAYE / LA HAYE, mère d'Anne PENARD, pour son mariage avec André PENARD en 1734

 

- La tutelle des enfants d'André PENARD, père d'Anne PENARD, décédé en 1751; et son inventaire après décès

 

 

       A Tinténiac :

 

_ Le décret de justice de Julienne GODET, mère de François BEDOUIN, pour son mariage à Tinténiac avec Jacques BEDOUIN; acte établi par une ordonnance de la juridiction de Saint Georges en 1714

 

 

- La tutelle des enfants de Jacques BEDOUIN père de François, décédé à Tinténiac en 1744 (ce qui me permettrait 1° de vérifier si François, son neuvième et dernier enfant, est bien comme je le soupçonne, le seul enfant ayant survécu, étant donné que je ne sais rien de Jean et de Marie après leur baptême, 2° d'avoir une "photo" de la famille un peu plus élargie de François, et 3° de préciser quel est exactement le Joseph BEDOUIN tuteur de François, dont je sais seulement grâce à l'un des procès qu'ils sont "cousins"), puis son inventaire après décès, pour en savoir plus sur le niveau de vie de la famille

 

 

        et quelques autres pièces de diverses sortes, comme par exemple le jugement de divorce de mon arrière grand mère, en 1912, qui d'après une mention marginale relevée sur un acte a eu lieu à Rennes, etc...

 

     Je trouve un certain nombre de cotes, je fais mes demandes pour la levée suivante... Et là, c'est le début de la fin... Je vais de Charybde en Scylla, de déception en déception, de trous chronologiques en actes manquants (et à votre avis, quand il en manque un dans une pile, c'est lequel ???), etc...

 

***

 

       Bon, je m'étais à peu près débrouillée avec les classeurs papiers pour trouver une bonne partie des cotes (finalement inutilisables), mais pour le Tinténiac d'Ancien Régime, je ne savais pas trop comment faire. J'ai donc été voir un archiviste pour demander de l'aide - ce qui m'a d'ailleurs permis de constater que, loin de considérer, comme je le pensais, que je le dérangeais, l'archiviste en question était ravi de me rendre ce service :) -

 

       Je lui expose donc ma requête, et explique que je ne sais pas sous quelle cote sont rangés les documents que je recherche. Il regarde dans ses listes à lui, et là, gros moment de panique pour moi, car il me répond:

       "Ah oui, pour Tinténiac, ce sont les liasses non classées du prieuré Saint Georges!"...

    ... "liasses non classées" : tout de suite, j'en conclus : "non communicables"... !!! Patatras!!!... Adieu, veau, vache, cochon, couvées!!!!...

 

       Mais non! Par chance, il sait où elles se trouvent, et me propose d'y tenter des recherches... Je ne demande pas mieux!! Les mains dans le cambouis, ça ne me dérange pas, tant que j'ai accès au moteur! ;) Bref, il m'explique qu'il y a 15 liasses de ce genre, ce qui doit bien représenter plus d'1,50m de rayonnage :

 

 

       et à l'intérieur, ben... c'est pas classé, donc!!

 

     Je suis donc allée à la pêche, tentant de me repérer dans tous ces manuscrits, plus ou moins lisibles selon les cas... %-/

 

 

 

***

 

 

        J'ai finalement eu le temps de compulser 11 liasses sur les 15, pour y faire un repérage plus ou moins précis... Je visais les années 1740/1750, mais hélas force a été de constater, liasse après liasse, que cette période n'apparaissait jamais! Dans une liasse, je pouvais trouver par exemple des documents allant de 1720 à 1738, puis de 1767 à 1771, dans une autre, des documents de 1714 à 1771, avec un gros trou au milieu, ou les années 1757 à 1762, ou 1752 à 1757, etc... mais jamais, au grand jamais, je n'ai trouvé de document des années 1740 sur plus d'un mètre de papiers divers - sauf... UN document concernant un greffier portant plainte contre un autre greffier en 1743 !!! Ce document-là, le fichu greffier n'avait pas manqué de le transmettre, tandis qu'il laissait disparaître une dizaine d'années d'archives!... -

 

       Il me reste encore 4 liasses à compulser lors d'une prochaine visite, mais je dois dire que je n'ai plus guère d'espoir de trouver les documents que je cherche concernant l'enfance de François BEDOUIN...

 

 

***

 

 

TOUTEFOIS !!!...

 

 

       Et c'est là que je voulais en venir : après avoir longuement craint de rentrer bredouille, j'ai malgré tout trouvé quelques traces de mon François BEDOUIN parmi toutes ces paperasses! Bien que regardant les documents en diagonale, je cherchais systématiquement les dates des documents, bien sûr, mais je repérais également les patronymes concernés... Et mes antennes frétillaient chaque fois que je reconnaissais un nom.

 

       Et c'est ainsi qu'au hasard de diverses liasses, j'ai pu mettre la main sur des documents que je n'aurais jamais eu l'idée de chercher, notamment parce que j'ignorais leur existence...

 

       Et j'ai donc découvert (dans des liasses différentes!) :

 

       Une apposition de scellés du 12 janvier 1769 après le décès d'un certain Julien DeLaHAYE à la Besnelaye en Tinténiac, ainsi que le 15 dudit mois la tutelle de ses enfants mineurs, et le 16 avril 1769, un "Inventaire et prisage de leurs meubles et Certifications de leurs titres et papiers". J'ai pu vérifier que ledit Julien avait un frère aîné nommé Joseph, âgé de 53 ans, demeurant au village de la Vignette paroisse de Tinténiac, comme le cousin/tuteur de François, et que, bingo supplémentaire, ledit François fait partie de la liste des "parents paternels" des mineurs lors de la réunion de tutelle :

 

"François BAUDOÜIN (sic) agé de 30 ans parent au 3° degré au côté paternel demeurant au bourg de Tinténiac"

 

       Malgré l'erreur "BAUDOUIN", il s'agit bien de lui, puisqu'il signe, de sa grosse signature maladroite que j'ai tant vue sur les minutes des différents procès qu'il a subis... Le lien fort entre François et ces DELAHAYE-là est encore confirmé par le fait qu'il est "nommé pour stimuler la tutrice de rendre compte", tandis que Joseph DELAHAYE, lui, est désigné  comme "économe"...

 

       Ce document m'a donc permis de préciser les liens entre François et ces DELAHAYE; une de ses tantes paternelles est la mère de ce feu Julien et de Joseph, le tuteur (qui a 20 ans de plus que François, ce qui explique qu'il en ait été nommé tuteur).

 

 

       Par ailleurs, l'inventaire et prisage des biens de la famille DELAHAYE-AMICE m'a fait toucher du doigt leur pauvreté : l'ensemble des biens se montant à tout juste 43 livres 4 sols. Essentiellement quelques hardes (peu), quelques outils, deux trois vieux ustensiles de cuisine, un rouet, une vieille baratte... Pas grand chose d'autre. Mais aussi, bien sûr, car nous sommes en Bretagne, l'indispensable trio "Le galtier, le trois pieds et la tournette" pour faire les galettes de sarrasin...

 

       Je n'ai certes pas pu trouver l'inventaire après décès du père de François, mais, puisqu'il a été recueilli par ses cousins DELAHAYE, il est probable qu'il était aussi pauvre qu'eux...

 

 

       Et c'est là qu'un autre document trouvé totalement par hasard dans ces liasses non classées a attiré mon attention. Il s'agit de l' "apposition de sceau après le décès de Julien BOUGEARD à Tinténiac" le 28 9bre 1757. Pourquoi ce document au nom de BOUGEARD m'a-t-il tant intéressée? Et bien parce que ce Julien BOUGEARD s'avère laisser à son décès deux enfants : "Charles BOUJARD encore mineur et Marie BOUJARD " âgée de bientôt 32 ans, célibataire... et que François, âgé lui à l'époque de 21 ans, va demander Marie en mariage quelques mois plus tard! (mais bien sûr, je n'ai pas - encore? - trouvé non plus son décret de justice, bien que cet acte là date de 1758... peut-être le trouverai-je dans les liasses qu'il me reste à dépouiller?)

 

 

       Or je pense avoir trouvé dans ce document le motif qui a poussé François à épouser Marie. En effet, celle-ci, sans être riche, a une situation plus confortable que François. La comparaison entre les inventaires de feu Julien DELAHAYE et de feu Julien BOUGEARD est instructive. On commence bien sûr inévitablement par "un galtier un trois pied et une tournette de fer", mais ensuite, la liste des (modestes) possessions de la famille BOUGEARD est clairement plus étoffée que celle des DELAHAYE . On y trouve notamment deux vrais lits (avec leurs bois, rideaux, couettes et oreillers de plumes d'oie, draps de lit et couvertures), plusieurs marmites, une poêle à frire, trois nappes, deux serviettes, environ une douzaine de chemises d'homme, deux taies d'oreiller, six assiettes et quatre plats d'étain, quatre cuillères d'etain, toutes choses que l'on ne trouve pas chez les cousins de François... Il y a également "un fût de cidre rempli", "treize gerbes de lin", et dans l'étable "trois mères vaches et un cochon"... Comme il s'agit juste de l'apposition des scellés, il n'y a pas d'évaluation des biens. C'est dommage, mais la comparaison des deux listes est malgré tout très éclairante... Et donc entre l'orpheline qui commençait à vieillir et disposait de quelques menus biens matériels et le jeune homme quasiment miséreux, quelques mois plus tard, l'affaire était faite...

 

***

 

 

       Marie BOUGEARD décède le 13 septembre 1768, à l'âge de 42 ans. Le curé de Tinténiac donne peut-être l'explication de ce décès prématuré quand il note en fin de registre : "Cette année les pluies ont commencé au mois de juin et ont continué jusqu'en novembre, ont empêché la récolte, et ont occasionné une maladie épidémique". Le 25 aout, le couple avait déjà enterré une fille de moins de trois ans, Jeanne Marie...

 

       François se retrouve donc veuf à 32 ans. Des quatre enfants qu'il a eus avec Marie, il ne lui reste que la petite Françoise, âgée de 8 ans.  Le marchand de vaches et de chevaux s'absente régulièrement de Tinténiac, sillonnant la région de foire en foire. Il se remarie donc au plus vite, le 31 janvier suivant, avec Anne PENARD de Montgermont, tout juste une semaine après que son beau-frère, Charles, qui a maintenant 32 ans, se soit enfin marié, le 24 janvier 1769 à La Baussaine, village proche.

 

       Mais un coup du sort (dont je ne connais pas la nature) fait que Charles, à peine marié, décède quelques jours plus tard, le 11 février.

 

       Pourquoi je parle de tout cela? Mais parce que, dans mes fameuses liasses désordonnées, tandis que je cherchais en vain certains documents précis, j'ai trouvé trace d'une "main levée de François BAUDOÜIN (sic) de la succession collatérale de feu Charles BOUGEARD son oncle (sic)". Vu que celui-ci est mort sans héritier, et que François a, de sa première femme Marie BOUGEARD une petite Françoise, il réclame l'héritage de son beau-frère au nom de sa fille...

 

***

 

 

       Voilà, je m'arrête enfin, pensant avoir amplement démontré que j'ai ainsi déniché un tas d'informations que je n'aurais jamais pu découvrir sans me rendre physiquement aux Archives, et qui plus est, que je n'aurais sans doute jamais trouvées si les liasses du Prieuré Saint Georges avaient été classées, pour la bonne raison que je ne les aurais jamais cherchées!! :)...

 

PS : un grand merci aux archivistes des AD35!

 

 

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Commenter cet article

Briqueloup 17/04/2021 19:04

Une expérience vécue lors de déplacement aux Archives, dans laquelle je reconnais certaines joies et d'autres déceptions. Au final, cela en vaut toujours la peine !

Sylvaine 22/02/2021 02:16

Tu décris bien les affres dans lesquelles on tombe parfois dans les salles de lecture, j'en avais l'estomac noué :-) Il faut dire que l'enjeu est grand quand les archives qui nous intéressent sont éloignées et qu'on sait qu'on ne pourra pas y retourner avant plusieurs mois ou années... Tic, tac, l'horloge qui tourne...
Mais il y a aussi toutes les heureuses surprises que tu évoques si bien également, ça compense !

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