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Panneau en langue mi'kmaq- Musée du Lieu historique national du Fort-Anne -Annapolis (ex Port Royal) -

Panneau en langue mi'kmaq- Musée du Lieu historique national du Fort-Anne -Annapolis (ex Port Royal) -

       Certaines lettres donnent bien du fil à retordre aux généablogueurs du ChallengeAZ, j'ai nommé les inénarrables K, Q, W, X, Y et Z. Mais par chance pour moi, cette année, les propositions pour le K s'offraient en abondance.

       Impossible en effet d'écrire sur les Acadiens sans évoquer les autochtones auprès desquels ils vivaient : les Mi'kmaqs. Or en langue Mi'kmaq, le K est une lettre1 plutôt fréquente (guère de valeur au scrabble!). Je n'avais donc que l'embarras du choix, avec par ex donc :

 

Kalkunawei (biscuit sec)

Klmuej (moustique)

Kulwi'su'mi (lard)


       Mais j'aurais pu choisir aussi Kopit le castor, Kajuewj le chat, Ko'qoli'kwej le poulet, Ki'kwesu le rat musqué, Kiwnik la loutre, Ku'Ku'kwes le hibou, etc, j'en passe et des meilleurs ;>...

***

 


       Quand j'ai tracé ma branche acadienne, dans les années 80, j'ai pu croire pendant quelque temps que j'avais des racines autochtones au Canada... En effet, à en croire certaines traditions, et certaines recherches datant notamment de la fin du XIX° siècle, j'avais deux ou trois ancêtres indiennes Mi'kmaq, ce qui n'était pas pour me déplaire (en plus, rien que le nom, "Mi'kmaq", ça claque :D )...

 

       Quelques décennies plus tard, de nouvelles recherches sur la généalogie acadienne en général et un certain nombre de vérifications de ma part2 m'ont convaincue que non. Dont acte. Tant pis...

 

       Toutefois, s'ils ne comptent pas au nombre de mes ancêtres directs, les Mi'kmaq étaient bien présents dans leur vie, car les colons Français s'installant en Acadie n'arrivaient bien sûr pas en territoire vierge de toute présence humaine. Depuis quelques millénaires déjà, les Mi'kmaq, un peuple algonquien, étaient installés dans la péninsule, vivant de chasse, de pêche et de cueillette sur les côtes une grande partie de l'année, et de la chasse en forêt à l'intérieur des terres l'hiver. Les Français les désignaient sous les noms de "Souriquois", "Indiens du Cap Sable", "Micmacs de Gaspé"... Les Mi'kmacs, eux se dénommaient entre eux "L'nuk", "le peuple". Ils étaient nomades et fabriquaient leurs huttes (wigwam) avec des écorces de bouleau posées sur un treillis de bois. Avec les mêmes matériaux, ils fabriquaient également des canoës très efficaces pour se déplacer sur les cours d'eau ou le long des côtes.

Hutte mi'kmaq - gallica.bnf.fr

 

    Alors que les Espagnols au Sud et les Britanniques au Nord envisageaient les relations avec les Amérindiens uniquement comme un rapport de force et de conquête, les Français ont toujours eu des rapports pacifiques avec leurs voisins autochtones. Dès 1605; Pierre DUGUA de MONS, Samuel de CHAMPLAIN et leurs compagnons avaient été cordialement accueillis par les Mi'kmacs, en particulier par leur chef, le sagamore MEMBERTOU. Les premiers missionnaires français de Port Royal convainquirent même celui-ci de se faire baptiser, le 24 juin 1610, avec 21 membres de sa famille. Il fut prénommé Henri en l'honneur du roi de France Henri IV. La pertinence religieuse de ce baptême peut être questionnée, étant donné que Membertou ne possédait que des rudiments de français et l'abbé qui le baptisa ne parlait pas mi'kmaq. Néanmoins, ce baptême du sagamore renforça les liens entre autochtones et Français, et facilita l'évangélisation des Mi'kmaqs par les divers missionnaires qui rejoignirent l'Acadie.

       Autochtones et Français échangeaient fourrures contre outils, armes, ustensiles... Les Acadiens, en cultivant des terres qu'ils gagnaient sur la mer, limitaient leur impact sur les territoires autochtones, et les Mi'kmaks leur apprenaient les plantes qui soignent, le sirop d'érable...

     

  ***

       Un recensement de 17083, par exemple, relevait une centaine de Mi'kmaqs, hommes, femmes et enfants, vivant autour de Port-Royal, en bonne intelligence avec les Acadiens, et n'hésitant pas à franchir la porte de l'église Saint Jean Baptiste pour y faire baptiser leurs enfants ou bénir leurs unions. En atteste le registre rescapé de Port Royal4 :

 

Mariage de René NECTABO et Catherine ANORGIN - Annapolis Royal (ex Port Royal)

 

       "Le 24 du mois d'aoust 1726 j'ay soussigné René Charles de BRESLAY prêtre missionnaire curé de la paroisse de ST Jean Baptiste à Annapolis Royale dans la Nouvelle Ecosse en Acadie et grand vicaire de Monseigneur l'évêque de Kébec, après avoir accordé la dispense des trois bans du présent mariage, donné la bénédiction nuptiale à René NECTABO âgé d'environ 25 ans, fils de Louis NECTABO sauvage Mikmaque du Cap de Sable et d'Elisabeth ses père et mère, d'une part et Catherine ANORGIN âgée de 19 ans, fille de François ANORGIN et de Françoise MEODAMETCH ses père et mère d'autre part. Le mariage a été fait en présence de Pierre CHARET sauvage de cette rivière, de Pierre CHARET (sic) aussi sauvage de cette rivière, de François GERMAIN aussi sauvage et Baptiste THOMAS chef des sauvages de cette rivière et de plusieurs autres parents et amis qui ont déclaré ne savoir signer de ce interpellés suivant l'ordonnance"

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Baptême d'Antoine TETONMAK - 29 novembre 1727

       "Le vingt et neuf du mois de novembre 1727, j'ay soussigné René Charles de BRESLAY prêtre missionaire curé de la paoroisse de St Jean Baptiste à Annapolis Royale dans la Nouvelle Ecosse en Acadie donné les cérémonies de baptême à Antoine fils d'Antoine TEKONMAK sauvage du Cap de Sable et de Marie Magdeleine huronne sa femme, aagé de treize mois, ondoyé audit Cap de Sable par le Sieur François VILLATE demeurant au Cap de Sable. Le parrain le Sieur Prudent ROBICHAUX syndic de la communauté et doyen du Conseil de lad. Annapolis Royale. La marraine Anne ROBICHAUX fille dud. Sr ROBICHAUX qui a déclaré ne scavoir signer de ce interpellé suivant l'ordonnance. Le Sr ROBICHAUX a signé avec moi"

 

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B de Jacques BERNARD, "sauvage" 24 aout 1726

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B d'Agathe QUORARET, ses parents sont des "sauvages mikmak"

 

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       Malgré l'emploi du malheureux terme de "sauvages" qui ne troublait aucun Européen à l'époque, les Mi'kmacs étaient les alliés des Français et se battaient toujours à leurs côtés contre les Anglais dans les périodes de troubles, montaient des raids en bateau contre les pêcheurs britanniques qui venaient sur les côtes de Nouvelle Ecosse, aidaient les Acadiens quand ils devaient se cacher en forêt... Et la défaite de la France à la fin de la Guerre de Sept Ans marqua pour les Mi'kmaqs après une courte pause le début d'un écrasement progressif de fait, avec progressivement la spoliation de leurs territoires et leur quasi enfermement dans des réserves toujours plus exigües, ainsi que la volonté de supprimer leur identité culturelle en imposant à leurs enfants une éducation dans des pensionnats chrétiens visant à leur assimilation (et qui ont récemment fait tristement scandale).

 

***

 

       Pour en revenir aux temps de l'Acadie, il y eut des mariages mixtes, voire des relations non officielles. Mais il est difficile d'en évaluer la proportion, plutôt réduite, me semble-t-il, en tout cas jusqu'au Grand Dérangement.

       Les métis avérés les plus connus sont les enfants de Philippe MIUS d'ENTREMONT dit aussi d'AZY, - lui-même fils de Philippe MIUS baron de Pobomcoup3 - qui épousa au moins une femme Mikmaq, vers 1687; il s'agit de sa seconde épouse, Marie (patronyme inconnu). Il eurent 9 enfants métis (il en avait déjà eu 4 ou 5 avec sa première femme, dont on ne sait si elle était européenne ou Mi'kmaq). Il vivait avec sa famille dans une communauté mi'kmaq d'après le recensement de 1708 à La Hève3.

       Son fils François DAZY MIUS devint plus tard un chef Mi'kmaq. Son petit-fils François, fils de Joseph, épousa Jeanne DUON, fille de  Jean-Baptiste  et soeur de mon ancêtre Cyprien. François et Jeanne eurent 6 enfants, dont la grand-mère paternelle était donc Mi'kmaq.

 

Ouf! y avait bien

un peu de sang mi'kmaq dans la famille

:D

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Note :

1) bien sûr, dans les transcriptions en alphabet européen

2) ces erreurs traînent encore sur certains arbres de Geneanet et dans certaines légendes familiales chez les descendants d'Acadiens

3) aujourd'hui Pubnico

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sources :

3) Bibliothèque et archives du Canada - 1708 : Recensement nominatif des Indiens en Acadie: Port-Royal, Cap-Sable, La Have, Les mInes, Cap-Breton, Chignectou, Pentagouet, rivière Saint-Jean et autres lieux. Transcript available on-site, not on microfilm. Cité par Lucie LeBlanc Consentino, in site "Acadian Ancestral Home",

 

An Acadian Parish Remembered : The Registers of St. Jean-Baptiste, Annapolis Royal, 1702-1755 - Nova Scotia Archives

Tag(s) : #Ancêtres Acadiens, #Challenge AZ 2021
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