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Extrait de la couverture de "Introduction à la géographie des Srs SANSON, Géographes du Roi - 1748 - gallica.bnf.fr

Extrait de la couverture de "Introduction à la géographie des Srs SANSON, Géographes du Roi - 1748 - gallica.bnf.fr

       J'ai fait le choix, chronologiquement souvent justifié et de toutes façons "militant", d'utiliser les toponymes acadiens dans ce Challenge. C'étaient d'ailleurs ceux qu'utilisaient mes ancêtres dans les différentes sources qui me sont parvenues. Mais lorsque je suis partie pour la première fois en Acadie, en 1994, à une époque où je n'avais pas de cartes historiques car bien sûr pas d'accès à Internet, ce fut bien compliqué de retrouver les endroits où ils avaient vécu.

       Et pour cause!... Car après avoir déporté les Acadiens, détruit la plupart de leurs villages et s'être emparés de leurs terres pour les offrir ensuite aux Planters1, les Britanniques s'efforcèrent également d'effacer la mémoire de leur présence en imposant de nouveaux toponymes. Et moi qui pendant des années avais été bercée par les noms de Port Royal, Grand-Pré, Rivière aux Canards, Pisiguit, Beaubassin, je ne trouvais sur la carte routière que Windsor, Wolfville, Annapolis Royal, Baie de Fundy, Hansport, Rivière Cornwallis, Chipman's Corner, Upper Dyke, etc...

 

 

       Il faut dire qu'en tous temps et en tous lieux, l'Histoire officielle est écrite par les vainqueurs, et ceux-ci ne manquent pas d'imprimer leur marque jusque dans la géographie...


 

       Le cas le plus frappant de cette pratique est sans doute celui de Moncton qui, avec ses 72 000 habitants, est la plus grande ville du Nouveau Brunswick. Un tiers de sa population est francophone, et elle abrite la plus grande université canadienne exclusivement francophone du Canada à l’extérieur du Québec. L'Université de Moncton est le siège du Centre d'Etudes Acadiennes, qui réunit la plus grande collection mondiale d'archives et de documentation sur le sujet, et où travaillent divers spécialistes. Mais la ville est nommée en l'honneur du lieutenant-colonel Robert Monckton (1726-1782) qui participa à la déportation des Acadiens...

***

 

       Mais n'oublions pas de balayer devant notre porte : quand ils sont arrivés dans la future Acadie, les Français eux-mêmes ont renommé des lieux qui avaient déjà des noms amérindiens. Ainsi la région de Port Royal (époque française) devenue bassin d'Annapolis à l'époque britannique, s'appelait déjà à l'arrivée des Européens Nme'juaqnek, qui signifait "le lieu de poissons en abondance". C'était une zone de pêche importante , dans une région plus vaste appelée Kespukwitk.

 

       Toutefois, si les Acadiens bien sûr donnèrent des noms aux lieux qu'ils colonisaient, ils gardèrent une partie des noms mi'kmaq. Ainsi sur la carte de Jean-Nicolas BELLIN ci-dessous, on voit une joyeuse juxtaposition de noms français et de noms mi'kmaq : Port-Royal, les Mines, Cap Enragé, Chipoudi, Cap Chignitou, Havre à l'Avocat, Patameragouche, Tatamigouche, Baie Française, Beaubassin, Pigiguit, Cobequid, etc ... :

 

Extrait de la Carte de l'Acadie de Jacques Nicolas BELLIN - edition 1764 - gallica.bnf.fr

 

       Pigiguit (ou Pisiquit, Pisiquid, Pisiguid) était le nom d'un village acadien (où sont nés entre autres mes ancêtres Rose RIVET, Honoré LEBLANC, etc), qui avait conservé le nom mi'kmaq de Pesaquid signifiant "jonction des eaux"2. Aujourd'hui, la ville fondée par les Anglais dans cette zone s'appelle... Windsor.

 

***

 

       Cette anglicisation des noms a également touché certaines familles acadiennes, mais semble-t-il plutôt de façon volontaire. Ainsi au XVIIIe siècle, un Charles LEBLANC, déporté enfant comme tant d'autres à Philadelphie et devenu orphelin, fut recueilli par un marchand quaker. Il devint lui-même un riche marchand bien intégré aux réseaux britanniques, et décida d'angliciser son nom en WHITE. Le même phénomène se reproduisit vers 1870 quand un Simon Pierre LEBLANC décida de changer son nom en Simon Peter WHITE, ce qui fait que le plus célèbre généalogiste actuel de la question acadienne s'appelle Stephen WHITE, quand il devrait s'appeler... Etienne LEBLANC!

 

       Ceci explique une amusante anecdote personnelle : alors que j'étais reçue chez des "cousins" acadiens en 1994, ils me présentèrent l'un de leurs amis (qui allait d'ailleurs fort courtoisement me loger pendant mon séjour à Halifax) en me précisant bien : "Il s'appelle WHITE, mais c'est un anglo, pas un LEBLANC!..." ;>

 

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Notes:

 

1) Les Planters ou Planteurs (New England Planters en anglais) sont un groupe d'immigrants de la Nouvelle Angleterre qui, à l'invitation du gouverneur de la Nouvelle Ecosse, Charles Lawrence s'établirent dans les terres restées vacantes après la Déportation des Acadiens. Huit mille de ces Planters, surtout des fermiers et des pêcheurs, arrivèrent entre 1759 et 1768. (source : Wikipedia)

 

2) autre version, qui va dans le même sens de toutes façons : Pesegitk” = “Là où la marée montante bifurque” en référence à la jonction des rivières Avon (anciennement Pisiguit) et Sainte-Croix)

 

 

 

Tag(s) : #Ancêtres Acadiens, #Challenge AZ 2021
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