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V comme... Des Varices "pas bien graves"

   Nous avons vu dans des articles précédents de ce Challenge comment ma branche d'Ille et Vilaine (Tinténiac et environs de Rennes), ma branche des Côtes d'Armor (tisserands de Loudéac et environs) et ma branche belliloise (en passant par Auray et ma branche de la presqu'île de Rhuys) ont rejoint peu à peu la ville de Lorient au cours du XIX° siècle.

 

Restait à voir comment ma branche mayennaise

s'y est elle aussi retrouvée.

***

    J'ai déjà évoqué à plusieurs reprises ma branche ERMOIRE/ARMOIRE/LARMOIRE et la succession de mes ancêtres appelés « Michel LARMOIRE ». Mais je n'ai plus d'ancêtres directs dans la région de Laval depuis le début du XIX° siècle.

 

Et pour une fois, je sais pourquoi.

 

    Celui qui va quitter le berceau familial mayennais s'appelle - bien sûr - Michel LARMOIRE, 5° du nom en ligne directe, et naît à Laval, rue de l'Hospice, le 30 mai 1808.

 

    De façon assez incroyable, dans une de ces circonstances improbables qui font le bonheur des généalogistes, la date du mariage de ses parents, le 12 février 1805, avait été décidée par la volonté d'un pape, d'un empereur et d'un préfet. (Je laisse aux plus curieux d'entre vous le soin d'aller voir pourquoi ici )

     Pourtant, tant sa mère, Angélique PORTIER (1779-1820) , que son père, Michel n°4 (1778-1855), étaient de familles modestes. Angélique était tisserande, sœur, fille et petite-fille de tisserands (car, dans mon arbre, mes bretons n'ont pas l'exclusivité de cette profession, loin de là), et Michel, qui comptait également un certain nombre de tisserands dans sa famille, était tourneur sur bois, comme d'ailleurs ses trois frères.

      J'ai trouvé quatre enfants pour ce couple :

- Angélique, née le 24 juillet 1806, qui épousera Pierre MORTON, menuisier, le 30 octobre 1829

- Michel, mon sosa, né le 30 mai 1808

- Marie Madeleine, née le 10 février 1810, qui épousera Léonard BOUTRUCHE, filassier, le 11 octobre 1834

- François, né le 8 avril 1817, qui épousera Joséphine COTTINEAU le 29 septembre 1842, et décèdera le 9 décembre 1884

     Michel et François, les deux garçons, deviendront tous les deux tourneurs comme leur père et leurs oncles, mais, alors que François et les deux filles resteront à Laval, Michel, lui, partira vivre à Lorient. Mais pourquoi donc ?

 

***

     Michel n'avait en fait aucune envie de quitter la maison de la rue de l'Hospice où il est né, et où, depuis la mort de sa mère en 1820, quand il n'a que douze ans, il vit avec son père, son frère et ses soeurs. Lors de la conscription, en 1828, il tente de se faire réformer en invoquant des « varices » volumineuses. Mais l'autorité militaire ne se laisse pas fléchir, et rétorque qu'elles ne sont « pas bien graves ». A contrecoeur, Michel doit donc rejoindre l'arsenal de Lorient pour y travailler comme tourneur à la 4° compagnie d'ouvriers militaires.

     J'ignore pendant combien de temps il a vécu ce transfert comme une injustice, mais une chose est certaine, il s'est finalement très bien adapté à sa nouvelle vie, et n'est jamais reparti de Lorient.

     Arrivé en 1828, il y rencontre quelque temps après une certaine Marie Laurence Amante BELLOUIN, brodeuse, fille de mon farinier-peintre-marin venu à Lorient au début du siècle avant de disparaître en abandonnant femme et enfants. Marie Laurence, abandonnée par son père dans sa petite enfance, orpheline de mère depuis l'âge de 15 ans, vit probablement chez sa soeur aînée Adèle et son beau-frère Joachim LEMOINE, limonadier.

       Michel s'installe vraisemblablement avec elle, et le 3 juin 1834 naît une petite Désirée Joséphine Amante (ma sosa 35), dont Michel, ouvrier d'artillerie de marine, reconnaît être le père.

     J'avoue avoir beaucoup fantasmé sur le prénom de Désirée donné à cette ancêtre née hors mariage... jusqu'au jour où j'ai découvert qu'une de ses tantes s'appelait... Jeanne Marie Désirée, et pouvait fort bien être sa marraine... Fin de la rêverie...

     Un an et demi plus tard naît une autre fille, Anne Angélina, également reconnue par Michel. Mais cette fois, les démarches pour le mariage des jeunes parents sont en route : le 26 décembre 1835, à Laval, Michel LARMOIRE n°4 donne son consentement devant notaire, et le jeune papa a demandé au conseil d'administration de la 4° compagnie d'ouvriers de marine l'autorisation de contracter mariage. La petite Anne Angelina naît le 18 janvier, 1836, et Michel et Marie-Laurence se marient une semaine plus tard, le 25.

     Je me suis interrogée sur ce mariage plutôt tardif. Mais la cause est peut-être essentiellement circonstancielle. En effet, Marie Laurence était orpheline de mère, son père avait disparu, elle n'avait plus de grands-parents... C'était peut-être compliqué, ou du moins le croyait-elle? Ou faut-il imaginer une opposition du père de Michel, comprenant qu'en se mariant à Lorient, celui-ci ne reviendrait jamais à Laval? Nouvelles questions sans réponse...

     Michel et Marie Laurence auront onze enfants, de 1834 à 1853. Sept d'entre eux deviendront adultes, et parmi eux, l'aînée, Désirée, mon ancêtre, épousera Ange Adrien NOGUES, venu de Loudéac dans les Côtes d'Armor pour fuir la crise du textile et dont j'ai parlé dans mon article U. Et l'un des garçons, Félix, ira tenter sa chance en Argentine, comme je l'ai raconté dans l'article P.

***

     La presse ancienne lève un petit coin de voile sur la personnalité de Michel. En effet, en 1859, il reçoit un prix décerné par le Comice agricole de Ploemeur, pour avoir inventé «  une baratte en forme de rouet  », très simple et très facile à utiliser, et qui «  fabrique, en 13 minutes, avec de la crème de lait, deux kilogrammes de beurre d'une excellente qualité  ». Cette anecdote me le fait imaginer curieux, imaginatif, consacrant son temps libre à des inventions diverses... Comme je sais aussi par la conscription qu'il mesurait 1,80m, taille remarquable pour l'époque, grâce à ces détails, il prend soudain plus d'épaisseur, d'individualité, et cela lui donne une place singulière dans mon arbre.

in Annuaire encyclopédique : politique, économie sociale, statistique, administration, sciences, littérature, beaux-arts,agriculture, commerce, industrie /1859. gallica-bnf.fr

 

     En 1862, âgé de 53 ans, Michel, qui termine sa carrière comme contre-maître à la direction d'artillerie à l'arsenal de Lorient, fait valoir ses droits à la retraite, après 31 ans, 5 mois et 27 jours de services.

    Il décèdera le 13 septembre 1881, à l'âge de 73 ans, patriarche d'une famille de plus de 30 petits-enfants, qui pour certains s'éparpilleront sur la planète, à l'instar d'Ange Antoine NOGUES, son petit-fils et mon arrière-grand-père...

     Marie-Laurence, sa femme, lui survivra jusqu'en 1895.

 

***

     Envoyé malgré lui à Lorient par l'armée, Michel LARMOIRE a donc fini par s'y plaire, choisissant après son service militaire de rester à l'arsenal et de profiter d'un salaire modeste mais assuré, d'une assurance-maladie et d'une retraite. Il y a fondé une famille nombreuse, dont finalement je descends.

 

Et dire que si ses varices avaient été plus graves,

je ne serais pas là pour vous raconter tout ça!!!

 

 

Tag(s) : #Challenge AZ 2022, #Branche paternelle, #Ancêtres mayennais, #Ancêtres du Morbihan
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