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Epiphane...

       Si l'on fête joyeusement à notre époque le "jour des Rois" le premier dimanche de janvier, et si l'on aime à prolonger la dégustation des galettes en famille ou entre amis pendant tout le mois (ce pourquoi c'est ma fête préférée car j'adore la frangipane, et c'est une fête à répétition ;> ), pour la religion catholique qui réglait tant le quotidien de la majorité de nos ancêtres, cette fête est l'Epiphanie, et a lieu le 6 janvier.

 

       Et donc, tout comme certains se sont prénommés Noël parce qu'ils étaient nés un 24 décembre, d'autres se sont appelés Epiphane parce qu'ils étaient nés ou baptisés le 6 janvier. C'est le cas du fils d'un de mes Sosa, Epiphane CARRIC, né à Grand ViIllage, paroisse de Bangor, à Belle Isle en Mer en 1734 :

 

L'an de grace mille sept cent trente quatre le sixième jour du mois de janvier, Je soussigné prêtre et RR de Bangor en Bel-Isle ai baptisé un fils né du jour précédent du légitime mariage d'Alain CARIC [mon Sosa 622] et Olive THOMAS [ma Sosa 623] . On lui a donné le nom d'Epiphane. Parain a été Pierre CARIC, et maraine Gillette GALLEN qui ne signent

signé DANIEL RR de Bangor

 

*****

 

       Cet Epiphane a des actes toujours assez particuliers. Après ce baptême en date de l'Epiphanie, il se marie le 27 octobre 1760, jour de grandes réjouissances dans la paroisse, puisque le recteur n'unit pas moins de 11 couples à la fois! dont ceux d'Epiphane, 26 ans, qui épouse Marie Anne THOMAS, 20 ans, tandis que sa soeur Marie Louise, 21 ans, (ma Sosa) épouse Guillaume THOMAS, 27 ans, (mon sosa), frère de son épouse...

 

       J'adore quand le curé écrit qu'il les a mariés "ayant interrogé l'un après l'autre lesdits futurs époux et épouses et ayant reçu leur mutuel consentement" : avec 22 fiancés à interroger, ça a dû prendre un bon moment!

 

       Cette belle jeunesse faisait bien de s'amuser, car l'époque était difficile : on était en pleine guerre de 7 ans avec l'Angleterre, et déjà, le 29 novembre précédent, avait eu lieu près de l'île la bataille des Cardinaux, cuisante défaite pour la flotte française (plus de 2 500 morts et 7 navires détruits côté français contre 300 morts et deux navires détruits côté anglais). Pire encore, moins de 6 mois plus tard, le 7 avril 1761, une escadre anglaise de 172 bâtiments de transport et une escorte de 8 vaisseaux approcha de l'île, et commença le 29 avril un siège de la citadelle qui devait durer plus d'un mois. Finalement vainqueurs le 7 juin, les Anglais vont occuper l'île jusqu'au Traité de Paris, le 10 février 1763. Traité par lequel la France récupère Belle Isle en échange de Minorque (prise par les Français quelque temps plus tôt), mais surtout abandonne définitivement le Canada aux Anglais... Tout ceci jouera un rôle important pour une autre branche de mes ancêtres qui se trouvent bien loin de Belle Isle à ce moment-là... mais ceci est une autre histoire...

 

« The engagement of Belle-Isle » par J. Cary, représentant la position des bateaux pendant la bataille des Cardinaux, Archives départementales du Morbihan, 1 Fi 342.

 

       Pour en revenir à Epiphane CARRIC, il décède un ... 31 décembre, bien trop tôt, âgé seulement de 43 ans; sa femme venait d'avoir un dernier enfant, une petite Marie Hélène, tout juste cinq mois plus tôt. Il est inhumé le 1er janvier 1778, décidément abonné aux dates particulières...

 

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       J'ai encore un autre Epiphane dans mes tablettes, né en 1782. Mais pourquoi ce prénom, cette fois?? Celui-ci est né en décembre, donc rien à voir avec l'Epiphanie, et son parrain s'appelle non pas Epiphane, mais Pierre Vincent, donc l'explication de ce choix plutôt rare n'est pas là non plus.

 

       Un petit moment de réflexion, et je réalise que, quand même, mes deux "Epiphane" sont tous deux des CARRIC, donc je décide de vérifier le lien familial entre les deux, et là, bingo! je m'aperçois que l'un est le neveu de l'autre... Le premier Epiphane CARRIC, celui de 1734, est le frère de Mathieu, père du deuxième... Et s'il n'est pas le parrain, c'est qu'il est mort 5 ans auparavant!! Il faut croire que son frère Mathieu n'a pas oublié son frère aîné...

 

       Il faut dire qu'Alain CARRIC, le père d'Epiphane et de Mathieu, était mort assez jeune, le 8 mai 1748, quand Mathieu, le petit dernier de la fratrie, avait tout juste un an. Nul doute qu'Epiphane, le frère aîné, âgé de 14 ans, avait dû alors jouer le rôle de l'homme de la famille, et il est d'ailleurs le témoin de Mathieu lors du mariage de celui-ci en 1773, en substitution du père disparu.

 

       Je réfléchis encore un peu : Pierre Vincent, le parrain, est un "neveu du père"... Ne pourrait-il pas être précisément un fils du premier Epiphane? Il n'a pas encore de fiche personnelle dans mon arbre... Qu'à cela ne tienne, je le recherche dans les registres... et effectivement, je finis par trouver le baptême de Pierre Vincent CARRIC, fils d'Epiphane CARRIC, en 1767. Son oncle Mathieu l'a donc désigné comme parrain de son fils, et a choisi pour le prénom du nourrisson celui de son grand frère disparu, en hommage...

 

 

       Les amateurs de psychogénéalogie pourraient peut-être se régaler en constatant que Pierre-Vincent a 14 ans lorsqu'il remplace en quelque sorte son père lors du baptême de son neveu, et que son père avait précisément 14 ans quand il avait dû commencer à jouer le rôle de père de substitution auprès de son frère Mathieu...??? (sans compter qu'Alain CARRIC était mort à 44 ans, et Epiphane meurt lui-même quelques jours avant ses ... 44 ans...)

 

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Pas très drôles finalement, mes histoires d'Epiphane...

Il vaut mieux manger de la galette, en ayant une petite pensée pour eux!

 

 

 

 

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Sources :

Archives Départementales du Morbihan

 

Tag(s) : #Ancêtres bellilois
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