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Traces et Petits Cailloux

Un petit coin où noter les traces et les petits cailloux laissés par mes ancêtres au fil des siècles, patiemment retrouvés au fil des archives et de recherches minutieuses et passionnées... #généalogie


R comme... Registres Perdus, Registres miraculés

Publié le 20 Novembre 2021, 00:39am

Catégories : #Ancêtres Acadiens, #Challenge AZ 2021

Les registres de St. Jean-Baptiste, Annapolis Royal, 1702-1755 - Nova Scotia Archives

Les registres de St. Jean-Baptiste, Annapolis Royal, 1702-1755 - Nova Scotia Archives

       Nous avons vu que les Acadiens installés à Belle Isle en Mer à partir de 1765 avaient dû reconstituer officiellement devant notaire leurs généalogies, pour suppléer aux registres perdus dans la tourmente du Grand Dérangement, voire même avant.

       Car les Britanniques tentèrent dès le début de s'emparer de l'Acadie, et lors de leurs raids, n'hésitaient pas à piller et brûler, entre autres les registres. Ainsi presque tous ceux qui concernent Beaubassin avant 1702 furent détruits. Et bien sûr le Grand Dérangement fut l'occasion d'énormes destructions.

 

       Toutefois, si nombre de ces documents ont été volontairement détruits par les Anglais lors de saccages et d'incendies de villages acadiens, d'autres ont malheureusement disparu alors même que des paroissiens avaient tenté de les sauver :

 

       Le prêtre missionnaire de la paroisse Saint-Louis du Nord-Est, à l'île Saint Jean, déclare sous serment en 1764 qu'il n'a pu satisfaire à la demande du vicaire général du diocèse de Québec de lui remettre ses registres de baptêmes, mariages et inhumation, car il avait été enlevé soudainement par les Anglais, et que par précaution ses ouailles étaient allées enterrer dans les bois les objets sacrés de l'église et les registres. Sauf que... les paroissiens à leur tour furent enlevés et n'eurent pas la possibilité d'aller les récupérer :

 

" sur le bruit rependu que je devois etre Enlevé et la Crainte qu’en avoient mes habitans, ils s’etoient chargés de tous les Effets de mon Eglise pour les aller Enterrer et Cacher dans les bois, mais que Comme ils ont eté Eux memes Enlevés, ils n’ont Egalement Eu ni le temps ni la permission d’enlever quoique ce soit avec Eux et qu’ainsi tout est resté dans les bois1"  Et ce cas n'esr apparemment pas isolé.

 

***

 

       Un autre cas de figure qui conduisit à la disparition d'un précieux registre : en décembre 1758, certains acadiens pensèrent avoir eu de la chance, en parvenant à emporter leurs registres sur les bateaux de la Déportation. Malheureusement lors des naufrages du Violet et du Duke William qui les emmenaient, outre les centaines de noyés, il y eut à déplorer la perte du registre de Pointe Prime de l'île Saint Jean.

 

       Et même quand des registres parvinrent après un long périple dans une destination enfin sûre et qu'ils semblaient sauvés, le pire pouvait encore arriver : en 1893, une grande partie des registres de Grand-Pré qui étaient parvenus jusqu'en Louisiane et avaient été survécu depuis près d'un siècle et demi furent endommagés lors d'une crue du Mississipi qui inonda le presbytère de Saint-Gabriel d'Iberville.

 

***

       Toutefois, quelques uns de ces registres paroissiaux ont refait surface au fil du temps, admirablement préservés par le soin de familles acadiennes qui malgré la violence et le choc de la déportation avaient eu la présence d'esprit de les emporter dans leurs pérégrinations...

On peut ainsi encore aujourd'hui consulter par exemple :

 

- les registres paroissiaux de Grand-Pré de 1707 à 1748 au diocèse de Bâton Rouge, en Louisiane. Ils avaient été récupérés par une famille déportée au Maryland puis passée en Louisiane,

 

- les registres paroissiaux de Beaubassin de 1679 à 1686 aux Archives de l’archevêché de Québec

 

- d'autres registres de Beaubassin, (1712–1723; 1732–1735; 1740–1748) aux Archives départementales de Charente-Maritime, à La Rochelle, en France. Ces registres qu'on croyait perdus ont été retrouvés au début du 20e siècle

 

- les registres paroissiaux de Saint-Pierre-du-Nord de l'ïle Saint-Jean (1724; 1728– 1730; 1732–1747; 1749; 1751–1759) aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, à Rennes, en France

 

- les registres paroissiaux de Port-Royal en Nouvelle Ecosse pour partie à Halifax, pour partie à Yarmouth , accessible en ligne sur le site des Nova Scotia Archives ("Souvenirs d'une paroisse acadienne : Les registres de St. Jean-Baptiste, Annapolis Royal, 1702-1755" )

 

et quelques autres...

 

       Les registres de La Rivière aux Canards quant à eux furent précieusement emportés par les déportés en Virginie, puis en Angleterre, puis en France. Ils auraient été vus par hasard à Paris en 1867, mais demeurent introuvables depuis... Ont-ils été détruits, ou dorment-il dans quelque fonds ignoré, attendant l'archiviste qui les rendra à la lumière?

 

 

***

Toujours est-il que la tentative britannique de faire du peuple acadien un peuple sans mémoire a finalement échoué...

 

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Notes :

1) source : « Certificats de l’état-civil. 1764 », Nova Francia (vol. 4, 1929) p. 186–187, cité dans Stephen A. White, Dictionnaire généalogique des familles acadiennes (Moncton, 1999), p. xxii.

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C
Miraculé est le bon terme quand on voit où certains de ces registres sont conservés ! Peut être que d'autres referont surface un jour.
Répondre
S
C'est là qu'on se rend compte de la force symbolique de ces registres qui portent l'histoire de tout un peuple. Que nous le sachions avec le recul, c'est une chose, mais ce qui me touche, c'est que tes gens en aient eu conscience à l'époque et qu'au milieu de tous leurs malheurs, ils aient fait tant d'effort pour sauver ce qui pouvait l'être.
Répondre
Oui, ça m'émeut bcp de penser qu'ils ont tout fait pour les sauver dans la situation où ils étaient

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